Budget 2027 : premier crash test pour les nouvelles municipalités !
Le projet de loi de finances est dans l’actu nationale, mais en local aussi on a sorti les calculettes ! Pour ce premier budget du mandat, les enjeux sont multiples pour les maires : imprimer sa marque, donner à voir les premières traductions concrètes de son programme électoral, préparer les projets structurants qui courront sur plusieurs années du mandat, mais aussi, parfois, des décisions plus difficiles visant à rétablir une marge de manœuvre financière, ou encore, à reporter voire annuler un projet présenté lors de la campagne.
Pour les collectivités qui votent le budget en décembre, c’est maintenant que les grands travaux commencent. Et avec eux, les premières questions, les premiers arbitrages … et, parfois, les premières frictions dans la majorité ! Comment passer cette étape délicate ? En procédant avec méthode pardi !
La lettre de cadrage : un véritable document d’orientation politique
La lettre de cadrage vise à donner un cadre aux propositions budgétaires avant que les arbitrages ne soient réalisés. Mais une lettre de cadrage qui se contente de dire : « Les dépenses de fonctionnement devront diminuer de X % » ne constituent pas une orientation politique !
La vraie question derrière toute lettre de cadrage, en particulier au cours de cette première année de mandat, doit être :
Comment passer du programme électoral à des priorités budgétaires suffisamment précises pour guider les services ?
Pour y répondre, il faut retourner aux sources : celles du programme électoral de mars 2026.
Bien sûr, le contexte a changé, et c’est encore plus vrai pour les équipes qui viennent de s’installer … et qui ont forcément eu quelques surprises en prenant leurs fonctions ! Il faut donc le revoir à l’aune de ce contexte renouvelé et se poser, en réunion de majorité, ces questions :
- qu’est-ce qui doit être concrétisé en 2027 ?
- qu’est-ce qui doit être préparé en 2027 pour être réalisé en cours de mandat ?
- qu’est-ce qui peut (et parfois, doit) attendre ?
In fine, la question qui sous-tend toutes les autres et doit trouver sa réponse en fin d’exercice de préparation budgétaire est :
-> est-ce que ce premier budget reflète les engagements pris pendant la campagne électorale ?
La lettre de cadrage : un document d’orientation essentiel pour les services
Que doit contenir la lettre de cadrage pour permettre aux services d’appliquer les priorités politiques ? Ici le rôle du maire et de son adjoint aux finances, du cabinet lorsqu’il existe, et de la direction générale devient essentiel.
Car une lettre de cadrage ne devrait pas uniquement fixer un objectif de progression des dépenses : elle doit aussi préciser les priorités de l’exécutif de manière claire et intelligible pour les services qui seront chargés de les mettre en œuvre. Dans le cadre d’un premier mandat, il est même nécessaire de prévoir plusieurs réunions pour bien l’expliquer aux différents services (c’est par ailleurs, un excellent moyen de déminer les erreurs et approximations qui pourraient apparaitre bien plus tard sans ces échanges !).
Gérer le temps des premiers arbitrages
Evidemment, vous ne pourrez pas tout faire. Evidemment, il faudra faire des choix cornéliens qui vont crisper dans les services, dans la majorité et parmi les citoyens.
Ceci étant dit, comment gérer la tension des premiers arbitrages ?
D’abord, en étant au clair avec l’intangible : avant de chercher à supprimer, demandez-vous ce qu’il vous faut absolument conserver.
Il y a des mesures, des projets, des orientations qui sont les marqueurs clés de votre mandat et auxquelles vous ne dérogerez pas. Point barre.
Une fois cette étape accomplie, c’est le moment difficile : celui de choisir à quoi l’on renonce … et pourquoi ?
Celles-ci doivent être clairement expliqués et connues de tous les acteurs de ce projet de budget. Gardez aussi en tête que ce premier budget sera passé au crible par votre (vos) opposition(s) et que vos administrés, aussi, attendront des explications.
Aussi, chaque « renoncement » (car vos choix seront parfois vus et communiqués comme tels), doivent-ils être clairement argumentés et justifiés, dans des termes simples et compréhensibles par le plus grand nombre.
Et quelles mesures ou quels projets devrons-nous reporter ?
Ni abandon ni mise en œuvre immédiate, on est dans la zone grise des mesures indispensables mais que la raison (ou le budget disponible) a forcé à remettre à plus tard.
Et ce n’est pas la plus facile : comment expliquer aux habitants qu’un projet qu’ils appellent de leurs vœux et sur lequel vous vous êtes engagé.e.s pendant la campagne électorale ne pourra pas être mené à bien avant quelques années ?
Surtout, ne vous contentez pas uniquement d’expliquer que « cette année, nous n’avons pas les moyens, nous ferons cela en 2028, 2029… ».
D’abord, parce que vous n’en savez rien : parlez-en aux maires installés en pleine épidémie de COVID19 et qui ont dû revoir tous leurs engagements de campagne ! Ensuite, parce que la contrainte budgétaire n’est, en général, pas entendable pour les habitants ; ou en tous cas pas comme unique argument.
Reprenez, une fois encore, votre programme électoral : s’il a été bien fait, vous avez mis en avant 5, 10, 12 priorités. Si elles ne sont, en réalité, pas toutes tenables, saisissez l’opportunité du premier budget pour les recalibrer et communiquez clairement aux habitants, comme aux services, cette réorganisation.
Ainsi, si un engagement doit être reporté, il faut pouvoir expliquer pourquoi. Si un projet est accéléré, il faut pouvoir expliquer pourquoi. Si une politique publique est renforcée au détriment d’une autre, il faut pouvoir expliquer pourquoi.
Et après ? Comment communiquer autour de ce premier budget ?
C’est là que le cabinet (ou votre communicant politique préféré 😉 entre en action et peut vous proposer des éléments de langage adaptés, ainsi qu’une stratégie efficace : rendez-vous bilatéraux avec les acteurs impactés, réunion publique de présentation du projet de budget pour déminer, communiqué de presse adapté … et préparation du débat d’orientation budgétaire (DOB) si votre commune est concernée !
Un argument qui peut soulager des tensions : le recours aux décisions modificatives. Bien sûr, elles ne peuvent pas renverser un budget établi et se bornent à des ajustements : le budget tel qu’il sera voté doit être sincère, c’est un principe-clé des finances publiques. Néanmoins, elles peuvent le faire évoluer et à corriger une erreur ou une omission. C’est d’ailleurs une raison supplémentaire pour ne pas chercher à tout faire entrer dans le budget 2027 dès le départ : certains projets pourront être précisés, recalés ou accélérés au fil de l’exercice, en fonction des informations et des financements disponibles.
Besoin de prendre un peu de hauteur sur votre budget 2027 ?
Entre les engagements pris pendant la campagne, les contraintes financières et les demandes des services, il n’est pas toujours simple de transformer un programme politique en feuille de route budgétaire … Chez BALLAST, nous accompagnons et formons les élus pour mettre en cohérence les priorités politiques, les arbitrages et la stratégie de mandat, avec une approche pragmatique et adaptée à chaque collectivité.
Vous préparez votre budget 2027 et souhaitez confronter vos choix à un regard extérieur ?